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Wystąpienie Ministra w języku francuskim



 Information du gouvernement sur la politique étrangère polonaise, présentée à la session de la Diète, le 21 janvier 2005, par le ministre des Affaires étrangères de la R.P., le professeur Adam Daniel Rotfeld

 

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Président de la Diète,

Haute Chambre,

 

 

Je prends la  parole avec une certaine inquiétude et timidité. Car c’est pour la première fois que j’interviens de cette tribune comme ministre des Affaires étrangères nouvellement nommé. Plus encore, je dois présenter à la Haute Chambre les priorités et les objectifs de la politique étrangère polonaise élaborés sous votre direction, Monsieur le Président de la Diète, lorsque vous exerciez avec un tel succès la fonction de ministre des Affaires étrangères.

 

 

Mon intervention ouvre le quatrième, et en même temps le dernier débat annuel pendant cette législature de la Diète, consacré à la politique étrangère. Nous sommes entrés dans l’année électorale. Il faut le souligner car la ligne qui séparait les affaires intérieures et internationales, nette dans le passé, aujourd’hui disparaît. Si j’en parle, c’est parce que je voudrais au début expliquer qu’il n’est pas  dans mes intentions, ni mon objectif de participer en aucun cas à la campagne électorale. L’intérêt national de l’Etat polonais nous impose de traiter la politique extérieure et son instrument - la diplomatie, au-delà des partis. Je voudrais optimiser nos actions et assurer la continuité de ce qui fut initié par le ministre Krzysztof Skubiszewski en automne 1989 et poursuivi pendant les quinze années suivantes par ses successeurs – Andrzej Olechowski, Wladyslaw Bartoszewski, Dariusz Rosati, Bronislaw Geremek et Wlodzimierz Cimoszewicz.

 

Monsieur le Président de la Diète,

Haute Chambre,

 

Suivant ces principes, je tiens à vous présenter la liste des questions les plus importantes qui se trouvent à l’ordre du jour de notre politique étrangère.

 

Premièrement, nous allons consolider notre position au sein de l’Union européenne, position d’un Etat responsable pour lequel la PESC et la PESD constituent une plate-forme de recherche de l’équilibre des intérêts d’une part, et de l’élimination des divisions existant encore et de la prévention de nouveaux, d’autre part. Pour les années 2007-2013, nous allons solliciter un budget de l’Union européenne  qui soit avantageux pour la Pologne. Notre objectif est d’assurer le montant maximal des dépenses pour la politique de cohésion et pour l’agriculture pour les nouveaux Etats membres – de sorte à ce que le nouveau budget accélère le nivellement des différences du niveau de développement des Etats de l’Union. Nous œuvrerons afin que le compromis politique sur les Nouvelles Perspectives Financières soit atteint en juin 2005. C’est une tâche difficile. Nous espérons cependant que les négociations se dérouleront sous le signe de bonne volonté, en évitant d’engager des prolongements tactiques et des retards volontaires.

 

Deuxièmement, en tant que membre de l’Alliance atlantique Nord et de l’Union européenne – nous tendrons à une nouvelle ouverture dans les relations de tout l’Occident avec l’Ukraine. Le tournant démocratique qui s’est effectué dans ce pays connut la compréhension et le soutien de toutes les forces politiques responsables en Pologne. Nous ferons tout pour que ce tournant soit apprécié et reconnu par les sociétés des Etats démocratiques de l’Occident. Car c’est un événement de portée historique, comparable à «l’automne européen des nations » de 1989. Les réformes en Ukraine demandent du soutien et son tournant politique vers les structures euroatlantiques – de la réciprocité. Nous-mêmes – sur la voie bilatérale – nous voulons offrir au nouveau Président et au nouveau gouvernement de l’Ukraine une aide nécessaire et faire partager nos expériences dans le développement et dans la consolidation de la transformation démocratique et proeuropéenne. Nous solliciterons en particulier que l’Union européenne élève ses relations avec l’Ukraine au rang de Partenariat stratégique et qu’elle lui offre une perspective d’intégration, et  que l’Otan propose à l’Ukraine le Programme d’action en faveur de l’adhésion.

 

 

Troisièmement, nous allons affermir le caractère privilégié de nos relations avec les Etats-Unis. Durant les quatre années à venir nous aurons à la Maison Blanche le Président qui sera bienveillant aux affaires polonaises. Le gouvernement se rend compte que le caractère particulier des relations politiques polono-américaines ne touche pas encore tous les autres domaines des rapports réciproques. En ce qui concerne les questions économiques et la coopération militaire, des changements positifs ont eu lieu et nous envisageons de maintenir cette tendance. Par contre, la suppression des visas pour les Polonais qui veulent se rendre aux Etats-Unis pose plus de problèmes. Il serait irresponsable de promettre à cet égard un rapide changement. Nous ferons tout pour accélérer la dynamique des changements afin de satisfaire les expectatives de la société polonaise. En tant que nouveau membre de l’Union européenne et  un allié confirmé de l’Amérique, nous solliciterons dans les semaines et mois à venir que renaisse l’esprit de communauté transatlantique, que les réticences qui rendaient difficile la coopération des deux côtés de l’Atlantique au cours des deux dernières années soient oubliées.

 

Quatrièmement, nous voulons faire de sorte qu’après les élections en Irak une nouvelle formule de l’engagement polonais en Irak soit concertée avec le nouveau gouvernement de cet Etat et avec nos alliés dans le cadre de la coalition de stabilisation. Les élections en Irak sont un élément indispensable de la normalisation, même si les conditions de leur déroulement ne soient pas les meilleures partout. Je suis cependant convaincu qu’elles apporteront des changements positifs. Car la légitimité et l’autorité du pouvoir se consolideront, la coopération avec les voisins de l’Irak s’améliorera, et les structures internes de sécurité seront capables de prendre plus de responsabilité pour la situation dans cet Etat. L’actuel contingent militaire polonais en Irak sera réduit. Les décisions prises à cet effet ne le seront pas au détriment des capacités de réalisation des tâches qui nous ont  été confiées. Nous envisageons de  procéder aux réductions successives, et en même temps favoriser la prise de responsabilité pour la sécurité de l’Irak par les Irakiens. Toutefois nous n’avons pas d’illusions et personne ne devrait en avoir : la normalisation de la situation en Irak demandera des années et un soutien actif de la société internationale. La Pologne – pour des raisons multiples – ne devrait pas se soustraire à cet effort commun, indépendamment de la forme de notre contribution. Notre présence en Irak aura certainement un caractère de plus en plus civil et pas militaire. La stabilité en Irak sera favorisée de plus en plus par la présence des entreprises polonaises et non par des soldats.

 

Cinquièmement, l’une de nos priorités est de chercher avec le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne une formule pour l’avenir des relations entre nos Etats – une formule qui éliminerait définitivement les poids du passé et qui ouvrirait des perspectives qualitativement nouvelles pour le développement des relations entre la Pologne et l’Allemagne. Au cours des derniers mois, nous avons réussi à parvenir aux faits significatifs. Je rappelle que le Chancelier de l’Allemagne a déclaré de façon univoque le manque de soutien de la part du gouvernement allemand pour les revendications individuelles des biens qui pourraient être présentés par les citoyens de la République fédérale d’Allemagne. Les nouveaux délégués des ministres des Affaires étrangères de la Pologne et de l’Allemagne pour la coopération bilatérale ont déjà commencé à travailler.  Les difficultés qui apparaissent dans les relations entre nos Etats, nous devons les traiter à froid, sans illusions. De telles affaires ne sont pas résolues par un  seul acte ou par une simple formule magique. C’est un processus. Le gouvernement polonais a pour devoir de veiller aux intérêts de l’Etat polonais et de ses citoyens non seulement ayant en vue les mois ou les années à venir, mais aussi toutes les générations – conscient de la perspective historique de cette tâche. Nous veillerons à ces intérêts en coopérant de façon constructive, dans l’esprit de partenariat européen, avec le gouvernement de l’Allemagne.

 

 

Sixièmement, le gouvernement fera tout pour que la Pologne - en tant qu’hôte et organisateur du IIIe Sommet du Conseil de l’Europe, organisation qui depuis plus de cinquante cinq ans intègre les Etats démocratiques de notre continent -  remplisse ce rôle de façon satisfaisante. Je rappelle que la rencontre au sommet aura lieu à Varsovie en mai prochain. Notre ambition est que le Sommet de Varsovie trace les futures tâches de cette importante institution européenne et devienne en même temps une occasion de réflexion approfondie sur l’état de l’architecture de sécurité et de coopération en Europe et dans les relations euroatlantiques. Nous voulons aussi que la présidence polonaise du Groupe de Visegrad apporte un nouvel élan aux actions communes, surtout dans le cadre de l’Union européenne. Nous souhaitons enfin que la présidence polonaise du Conseil des Etats de la mer Baltique laisse une empreinte positive. Nous poursuivrons notre activité dans les travaux sur la réforme de l’Organisation des Nations Unies en présentant notre vision du Nouvel Acte Politique de cette organisation pour le XXIe siècle.

 

Septièmement, nous tendons à ce que les mois à venir apportent une nouvelle façon de penser sur les possibilités d’action de la Pologne en dehors de l’Europe. Le gouvernement donna un signe politique d’une telle nouvelle approche en adoptant, en novembre dernier, une stratégie complexe à l’égard des pays en développement. Nous voudrions que soit adoptée et  mise en œuvre la Loi sur la coopération en faveur du développement et que des structures organisationnelles indispensables voient le jour.

 

Huitièmement, la politique étrangère polonaise doit atteindre les objectifs qui servent l’économie polonaise et les opérateurs économiques polonais – les entreprises. La transformation économique, la privatisation et une libéralisation considérable des échanges économiques exigent des changements appropriés dans les structures qui représentent la République de Pologne à l’étranger, ce qui signifie qu’il faut poursuivre le processus de l’intégration des moyens et des instruments de la politique étrangère au ministère des Affaires étrangères et dans les postes diplomatiques. Le projet de l’ouverture de l’Agence polonaise de promotion économique devrait servir cet objectif. L’économisation de la politique étrangère polonaise – malgré de fortes réticences des autres ministères – est indispensable et exige une accélération importante en 2005, vu la participation de la Pologne à la politique commerciale commune de l’UE et le besoin de former activement les politiques au sein de l’Union dans l’intérêt de l’économie polonaise.

 

 

Haute Chambre,

 

Les défis que la politique étrangère polonaise avait à affronter au cours des derniers mois, pour la première fois, si je ne me trompe, ont amené aux clivages sur notre scène politique. Souvent, dans cette salle aussi, nous avons assisté à des débats fervents sur de telles questions comme le Traité constitutionnel pour l’Europe ou la présence polonaise en Irak. Cela prouve avant tout que le développement de la situation internationale fait naître des questions auxquelles souvent il n’y a pas de réponse unique, simple et facile. Je ne partage pas cependant l’opinion propagée que cela devrait signifier la fin de l’entente nationale sur les principaux sujets et objectifs de la politique étrangère polonaise. Le comportement de la société polonaise et l’unité d’action des hommes politiques polonais dans l’affaire ukrainienne nient cette thèse. Nous avons ici la confirmation de la vérité : lorsque nous parlons d’une seule voix – nous parvenons à réaliser avec succès nos intérêts nationaux. Ce serait au détriment de nous tous, si les affaires fondamentales de la politique étrangère polonaise  étaient mêlées à des calculs électoraux du moment.

 

J’ai l’ambition d’assurer la continuité de tous ces processus qui servent bien la Pologne et qui ont été entamés par mes prédécesseurs. La nouvelle donne politique et le nouveau gouvernement apporteront certainement leur propre expression à la politique étrangère, mais les questions fondamentales pour la Pologne, pour sa sécurité, devraient être poursuivies. Pour qu’il soit ainsi, un débat sur les questions d’importance fondamentale pour la Pologne et pour sa politique étrangère est nécessaire et indispensable.  Il est par conséquent opportun de rappeler les notions et les questions élémentaires, une sorte d’axiomes, de rafraîchir leur compréhension. Je pense que le débat d’aujourd’hui constituera un apport marquant à ce processus.

 

Haute Chambre,

 

Le 1er mai 2004 la Pologne est devenue membre de l’Union européenne.  Il est prématuré d’évaluer pleinement les effets de cet événement historique.  Mais il n’y a pas de doute : notre entrée à l’Union a discrédité de façon univoque nombre de fausses prophéties, de peurs et de craintes qui ne manquaient ni en Pologne ni à l’étranger.

 

Il s’est avéré qu’avec l’adhésion de la Pologne et des neuf autres Etats,  la cohésion politique de l’Union européenne n’a pas souffert. La Pologne n’est pas devenue – comme on nous le reprochait – «le cheval de Troie », elle ne fut pas non plus obligée de prendre des cours supplémentaires pour que les Polonais sachent comment  devenir de bons Européens. Les événements en Ukraine ont démontré le contraire: il y a des situations où il vaut la peine d’écouter avec une attention particulière la voix de la Pologne, les actions polonaises édifient le prestige de l’Europe tout entière.

 

Haute Chambre,

 

L’adhésion à l’Union est devenue un stimulant tangible pour le développement de la Pologne. Les premiers fonds communautaires sont  déjà là et – ce qui importe le plus – ils sont bien gérés. Dans notre pays personne n’a perdu à cause de l’adhésion. Tous ont gagné. Le meilleur exemple en est l’amélioration de la situation des agriculteurs,  de ce groupe social, au nom duquel on exprimait le plus de craintes liées à l’accession de la Pologne à l’Union.

 

Notre identité nationale n’a pas souffert. Nous continuons à vivre dans notre propre pays, sauf que ce pays va plus vite vers la modernisation. Toutefois, il est naturel et très nécessaire de procéder à un débat public sincère sur la vision de l’Europe que nous voulons et sur notre place en Europe. Dans tous les Etats membres les mois  prochains seront une période d’intenses discussions sur la vision de l’Europe, sur son développement futur, sur ses frontières et sur son identité dans le monde globalisé. Ce débat est inspiré ou même provoqué par le processus de ratification du Traité constitutionnel, la discussion sur les Nouvelles Perspectives Financières, la question de la future adhésion de la Turquie et aussi – ce qui est  peut-être même plus important du point de vue de la Pologne – la nécessité de définir des conditions concrètes et la date du commencement des négociations d’adhésion avec l’Ukraine.

 

Nous avons aujourd’hui à l’ordre du jour non seulement la question de la ratification du Traité constitutionnel, mais aussi celle de la consolidation du soutien social pour notre présence au sein de l’Union. Un débat précédant le référendum constitutionnel nous attend. La décision souveraine à cet égard aura une importance significative non seulement pour le développement futur et la forme de l’Union européenne. Ce sera aussi une façon spécifique de tester les aspirations polonaises.

 

Haute Chambre,

 

Le Traité constitutionnel signé l’année dernière est plutôt une forme d’achèvement et de systématisation, de mise en ordre des concertations antérieures, qu’une feuille de route pour l’avenir. Toutefois, le rejet du Traité par la Pologne signifierait la condamnation de notre pays à l’auto-isolement, et dans le meilleur des cas, au retour à la conception de l’Europe «à deux vitesses » ou bien encore à une Europe du «noyau dur » et des périphéries. La plus grande faiblesse du Traité est sa langue, souvent résultat de la recherche des formules de compromis, c’est un jargon des fonctionnaires internationaux qui s’adressent aux autres fonctionnaires. Les traités rédigés par les représentants de 25 Etats sont rarement simples, clairs et lisibles. Cependant, c’est un Traité qui, avec toutes ses faiblesses résultant de sa nature de compromis, tient dûment compte des intérêts polonais.

 

 

C’est en même temps un point de départ pour définir notre vision de l’avenir de l’Europe. Nous parlons de l’Europe solidaire et cohérente, efficace et efficiente. C’est la raison pour laquelle la réalisation de la Stratégie de Lisbonne est si importante pour le présent et le futur de la Pologne. C’est un projet qui envisage la consolidation de la compétitivité de l’Europe dans le processus de mondialisation, face aux autres centres,  surtout par des investissements dans le savoir, dans les nouvelles technologies et dans les solutions techniques, économiques et organisationnelles innovantes.

 

Une Union européenne qui sera un important sujet dans les relations internationales – sujet partenaire dans les relations politiques et sujet concurrentiel sur la scène économique globale est dans l’intérêt de la Pologne. La rivalité sur la scène globale ne cesse de croître. C’est un défi stratégique pour tous les Etats européens, les plus grands aussi. Seuls, ils ont de plus en plus de difficultés de faire face à de telles puissances comme les Etats-Unis ou bien à de tels pays comme la Chine ou l’Inde qui deviennent de plus en plus fortes. Faire face efficacement à la nouvelle réalité, l’Europe ne peut que collectivement. Penser à l’Europe dans sa dimension stratégique répond à l’intérêt polonais national. De cette perspective, un élargissement de l’Union vers l’Est est avantageux aussi bien pour la Pologne que pour l’Union tout entière.

 

L’adhésion à l’Union européenne a fait déplacer le  point de pesanteur dans nos démarches diplomatiques. La question la plus importante aujourd’hui est d’influer et de convaincre nos partenaires communautaires en faveur de nos arguments. Nous avons démontré  d’ailleurs que nous sommes capables de lutter fermement pour nos causes et qu’en même temps nous ne perdons pas de vue les intérêts de l’Union en tant qu’entité. Nous ne voulons pas et nous ne devrions pas nous déplacer dans les périphéries ou bien nous servir uniquement d’un seul frein ou bien encore vouloir «limiter les dégâts ». De la position du garde-freins, on peut influer sur la réduction de la vitesse du voyage commun, mais on ne peut certainement pas codécider de sa direction. Nous voulons être et nous sommes un sujet actif de la politique communautaire. Notre influence devient de plus en plus forte sur les propositions de solutions au niveau communautaire.

 

 

 

Haute Chambre,

 

Nous avons à l’ordre du jour une question importante – et c’est un sujet qui demande un débat sérieux – avec qui et comment voulons-nous, au sein de l’Union, réaliser nos intérêts ? Notre stratégie embrasse trois plates-formes fondamentales de contacts. Premièrement, nous veillons à avoir une collaboration et des contacts étroits avec nos partenaires stratégiques, principalement avec l’Allemagne et la France, ainsi qu’avec la Grande-Bretagne qui a la même perception de l’importance des relations transatlantiques. Deuxièmement, nous veillons à maintenir des liens étroits avec les Etats de notre région, surtout avec les membres du Groupe de Visegrad. Troisièmement, enfin, nous cherchons de bonnes relations et nous coopérons avec tous les partenaires communautaires avec lesquels nous sommes liés par des intérêts dans des affaires concrètes. En d’autres termes, nous n’envisageons pas de créer au sein de l’Union de coalitions durables, mais nous définissons notre position dans une question spécifique et nous cherchons des alliés qui ont une approche similaire ou proche à la nôtre. Nous rejetons fermement et de façon univoque la conception de «directoire européen » ou bien du «noyau » de l’Europe. Aujourd’hui, il n’y a pas d’ailleurs de tendance de retour à ces conceptions. L’esprit de coopération européenne est bon.

 

Haute Chambre,

 

Notre adhésion à l’Union européenne a fait que nous examinons nos relations bilatérales dans un contexte nouveau. Cela concerne en particulier nos principaux partenaires européens – l’Allemagne, la France, de même que la Grande-Bretagne.

 

Les relations avec l’Allemagne furent ces derniers mois et années l’objet de nombreux débats, souvent très émotionnels, une réaction aux actions entreprises par divers milieux politiques en Allemagne. Il est compréhensible que les rapports polono-allemands – aujourd’hui aussi, après l’élargissement de l’Union européenne – dépassent, par leur importance, les relations bilatérales et ont une dimension non seulement historique, déterminée par le passé. Pour optimiser notre politique, nous avons besoin d’avoir la réponse à la question quel est le rapport de ces relations avec la réalisation de nos – polonaises et allemandes – aspirations politiques plus vastes, et ceci aussi bien dans le contexte de l’Europe dans son ensemble que dans la dimension transatlantique. Du point de vue polonais, ces relations peuvent et devraient être un instrument, et en même temps un important levier de notre rôle au sein de l’Europe. Nous tenons à construire un nouveau modèle des relations polono-allemandes qui serait bien implanté dans le contexte européen et transatlantique. La collaboration étroite  de la Pologne et de l’Allemagne est nécessaire surtout pour dynamiser la politique des institutions occidentales et euro-atlantiques vis-à-vis de nos voisins à l’Est, voire vis-à-vis de l’Europe de l’Est. Le document commun polono-allemand que les ministres Wlodzimierz Cimoszewicz et Joschka Fischer ont présenté à Luxembourg l’année dernière peut devenir la base de la nouvelle politique de l’Union envers l’Ukraine. Les autres domaines de la coopération polono-allemande, c’est l’avenir des relations transatlantiques  de même que l’identité politique et de défense de l’Europe.

 

Cette collaboration doit être fondée sur le respect de l’égalité des partenaires. Nous reconnaissons le rôle de l’Allemagne dans la construction européenne, nous croyons que de l’autre côté de l’Oder, les stéréotypes négatifs  de perception de la Pologne seront remplacés par l’image d’un voisin ami et bienveillant. Un tel modèle de l’avenir  ne servira pas de base à la politique si, une fois pour toutes et de façon univoque, ne sont pas closes les affaires du passé qui introduisent  à nouveau dans les relations polono-allemandes des éléments de méfiance, d’incertitude et de déstabilisation. Nos relations exigent des déclarations claires et des décisions sans ambiguïté de la part de toutes les forces et de tous les partis politiques en Allemagne. De l’avenir des relations entre nos nations ne peuvent pas décider  «éternellement ceux d’hier ». Nous croyons en la force de nos arguments, ils sont justes historiquement et ils ont de fortes assises juridiques. Dans notre politique à l’égard de l’Allemagne, il nous faut libérer des complexes et abandonner les émotions. Notre position trouve auprès du Président, du Chancelier et du ministre des Affaires étrangères fédéral la compréhension et la volonté de coopération.

 

Monsieur le Président de la Diète,

Haute Chambre,

 

L’année 2005 est celle du 60e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale. C’est aussi  pour nous le 60e anniversaire du retour des Terres occidentales à la Pologne. Nous avons une distance suffisante et une perspective historique qui permet une réflexion plus profonde sur la responsabilité, sur les effets de la guerre, sur sa présence dans la conscience contemporaine des Etats et des sociétés. Le rôle de la Pologne est d’intervenir pour défendre la vérité historique,  de protester contre sa déformation et sa falsification.

 

Je me permettrais ici, Monsieur le Président de la Diète, de faire une brève digression. Je pense que le temps est suffisamment mûr pour que, 60 ans après la fin de la guerre, la vérité élémentaire sur ce qui  est réellement arrivé en Pologne occupée parvienne enfin aux sociétés et aux représentants de tous les médias de la communauté des Etats démocratiques – en Europe, aux Etats-Unis et au Canada. Qui fut l’agresseur, l’occupant, qui construisait des camps de mort  et qui dans ces camps assassinait les hommes, qui fut persécuté, emprisonné et soumis à la politique allemande, nazie d’extermination. C’est sur le sol polonais que les Allemands ont créé les plus grands camps d’extermination où – à côté des Juifs – les Polonais et les représentants des autres nations de l’Europe étaient massivement assassinés. Dans quelques jours, le 27 janvier – à l’occasion du 60e anniversaire de la libération du camp Auschwitz-Birkenau – les dirigeants de plus de 40 nations viendront assister à ces cérémonies  sur le terrain de ce camp d’extermination pour rendre hommage aux victimes.  Quelques jours avant les cérémonies qui vont attirer l’attention du monde entier, je m’adresse d’ici, aux représentants des organisations de journalistes, à l’Association des Journalistes polonais et aux autres organisations qui représentent les médias polonais, qu’ils adressent – indépendamment des appels, des rectifications et des démarches diplomatiques du MAE polonais – à leurs collègues et aux organisations partenaires de journalistes du monde une lettre, en leur disant que l’utilisation inconsciente ou intentionnelle du nom «camps de mort polonais » est outrageante et scandaleuse.  Non seulement cela  obscurcit la vérité sur les auteurs de ce crime, mais aussi calomnie notre nation qui fut la première victime des pratiques criminelles de l’Allemagne d’Hitler.

 

Monsieur le Président de la Diète,

Haute Chambre,

 

Les relations avec la France. Je ne pense pas être obligé de répéter quel rôle important dans l’édification de  l’identité européenne jouait et joue ce pays. La France est aussi  le plus important investisseur étranger en Pologne. Cela crée des prémisses positives pour le développement continu du partenariat renforcé. Le climat de nos relations réciproques s’est amélioré de façon évidente. La meilleure illustration en fut la dernière visite du ministre  français des Affaires étrangères, Michel Barnier, en Pologne. Bref, nos intentions en ce qui concerne l’avenir de l’Europe sont beaucoup plus proches que  ne le présentent la presse, les commentaires, les débats politiques.

 

Parfois apparaît la question sur le Triangle de Weimar : n’a-t–il pas épuisé son potentiel politique ?. La réponse est simple : les institutions de ce genre se sont vérifiées et constituent une plate-forme utile de coopération politique et des discussions sur les problèmes européens. Nous compterons principalement sur  le rôle actif de la France dans le développement des rapports de l’Union avec nos voisins de l’Est.

 

Nous apprécions hautement le partenariat qui nous unit avec la Grande-Bretagne. La communauté d’opinions sur de nombreuses questions européennes et globales nous unit. Ces derniers temps, le gouvernement britannique participait, activement et avec imagination, à la création des mécanismes de coopération européenne, surtout de la politique de défense, de  sécurité et de la politique étrangère commune. Cela nous permettait aussi en Pologne de formuler plus facilement notre politique européenne. La politique britannique  illustre la thèse que les Etats influent beaucoup plus sur la forme de l’avenir de l’Europe lorsqu’ils prennent position sur les questions clés et centrales que lorsqu’ils prennent distance des questions importantes et se situent eux-mêmes en périphérie de la politique européenne. Nous comptons aussi sur une plus étroite collaboration avec la Grande-Bretagne, surtout pour créer un modèle moderne des relations transatlantiques, des rapports entre l’Amérique et l’Europe, ce qui a une importance capitale pour notre sécurité.

 

Haute Chambre,

 

L’état des relations transatlantiques – comme toutes les relations entre les Etats – n’est pas une valeur accomplie une fois pour toutes. Ces relations doivent donc faire l’objet de notre permanente sollicitude et de nos démarches. Aujourd’hui, le plus important est de rejeter les rancunes et les préjugés, effet des divergences sur l’intervention en Irak. Je note avec satisfaction que, des deux côtés de l’Atlantique, la volonté politique de restituer un bon climat de collaboration existe. Mais tout ne se réduit pas au climat ni à l’ambiance dans les relations transatlantiques. A l’ordre du jour, la question d’actions communes apparaît.

 

Du point de vue polonais, le nouveau consensus dans les relations transatlantiques concerne deux domaines stratégiquement importants. Primo, il s’agit de la réponse commune de l’Occident au tournant démocratique et aux aspirations pro-occidentales de l’Ukraine, ainsi que de la ligne politique commune à l’égard des autres partenaires à l’Est de l’Europe. Secundo, un partenariat transatlantique plus étroit est nécessaire au dit «Grand Moyen-Orient ». L’exige surtout le besoin de réanimer le processus de paix israëlo-palestinien, d’assurer un soutien international pour la normalisation de la situation en Irak et d’atteindre une solution durable et complète du problème nucléaire de l’Iran. La collaboration transatlantique dans tous ces domaines, c’est  la garantie  de l’utilisation des voies et des moyens de solution plus efficace de ces problèmes. J’ajouterais que dans toutes ces questions les chances d’une nouvelle ouverture se dessinent.

 

Lorsque nous parlons des relations transatlantiques, il faut adopter le principe que les différences d’opinions des deux côtés de l’Atlantique sont un phénomène normal. Une nouvelle approche signifie que l’Europe et les Etats-Unis chercheront comme partenaires un dénominateur commun et respecteront réciproquement leurs intérêts. Dans le contexte de la question irakienne, on peut constater – après presque deux ans d’expérience – que ni l’Amérique n’est en mesure de tout régler à elle seule ni la tentation, qu’ont certains Européens de jouer le rôle de «contrepoids » pour les Etats-Unis, n’est une option constructive. En même temps, nous devons être préparés à un débat sérieux sur le modèle structurel des relations transatlantiques. Cela concerne principalement le rôle et la place de l’Otan.

 

L’engagement de l’Alliance en Afghanistan de même que lors de la formation des forces armées en Irak, c’est une attribution stratégique de l’Alliance tout à fait nouvelle. Nous avons soutenu cette nouvelle qualité bien que pour la Pologne  le maintien de la fonction classique de l’Alliance comme d’un instrument de défense collective reste prioritaire. Nous nous sommes prononcés pour la globalisation sélective de l’activité de stabilisation de l’Otan car, dans le monde contemporain, un tel rôle de l’Alliance est utile dans la pratique. Aux yeux des Etats-Unis, telle est la fonction clé de l’Otan comme celle de force globale. Car l’Europe n’est plus perçue en Amérique comme victime potentielle d’une agression armée massive qui exige la protection et la garantie américaines, mais comme partenaire des Etats-Unis lorsqu’il faut faire face aux menaces globales. L’Otan doit être un instrument de ce partenariat global, sinon – elle deviendra stérile, et l’intérêt que les Etats-Unis lui portent deviendra problématique. Cela signifierait par la suite le début de la fin de la présence américaine en Europe.

 

Je ne pense pas être obligé d’ajouter que la Pologne tient – et devrait tenir – à ce que la présence des Etats-Unis en Europe soit maintenue, à leur rôle de puissance européenne spécifique. Car la présence de l’Amérique apporte une valeur ajoutée indéniable. Cela se manifeste principalement sur le territoire de l’Europe orientale, au Caucase du Sud et en Asie centrale.

 

Nous sommes conscients en Pologne que les relations proches – et même privilégiées – avec les Etats-Unis ne sont pas une alternative pour notre engagement dans l’intégration européenne. Nous nous posons la question : comment profiter de la proximité de nos relations avec les Etats-Unis pour améliorer l’ensemble des relations atlantiques ? Notre engagement dans l’amélioration des relations transatlantiques ne sera pas crédible, s’il n’est pas accompagné par un engagement de même intensité dans le développement de la coopération européenne.

 

Le prestige de la Pologne à Washington est aujourd’hui plus grand que jamais. Ce prestige est notre nouvel atout et une valeur inestimable, même si c’est une valeur immensurable. Disons-le ouvertement :  pour aboutir à de telles relations, d’autres Etats font des démarches  des années durant souvent sans effets. La position que nous avons aux Etats-Unis ne s’acquiert pas par le lobbying. Ce prestige gagne en importance après notre adhésion à l’Union européenne. Nos relations avec les Etats-Unis sont importantes surtout par le fait que l’Amérique seule est en mesure de donner à la Pologne des garanties de sécurité et cela sous la forme la plus crédible. Il serait impossible de traiter à la légère ce facteur même dans la situation actuelle où heureusement une menace directe pour notre sécurité n’apparaît pas  à l’horizon.

 

Monsieur le Président de la Diète,

Haute Chambre,

 

Le triomphe de la démocratie en Ukraine, acquis par voie pacifique, est un grand mérite des millions d’Ukrainiens. C’est aussi notre succès polonais. La médiation du président Aleksander Kwasniewski et le fait d’avoir convaincu à cette cause les représentants de l’Union européenne, l’engagement de nombreux hommes politiques polonais, l’activité de nos parlementaires au-delà des clivages entre les partis, la participation des eurodéputés polonais ainsi que des milliers de jeunes observateurs aux élections – ces actions et d’autres ont contribué à résoudre la crise avec succès et sont un important investissement pour l’avenir. La solidarité massive des Polonais avec  l’Ukraine démocratique est un bon point de départ pour le tournant dans les relations entre nos sociétés. Les relations à l’échelle des présidents sont importantes, mais c’est les peuples qui décideront   de l’avenir de nos Etats. Les Ukrainiens et les Polonais ont donné, au cours des dernières semaines et mois, la preuve de la plus haute maturité politique et de la juste perception de la raison d’Etat. C’est pourquoi nous ferons de notre mieux pour créer de solides et en même temps pratiques fondements pour un tel développement des relations réciproques au niveau des sociétés pour que le changement soit perceptible pour des millions de citoyens de nos Etats,  de part et d’autre de la frontière.

 

Je tiens à exprimer ma conviction que l’Ukraine et l’ensemble de l’Europe de l’Est sont revenues durablement à l’ordre du jour des questions importantes dont les institutions européennes et euroatlantiques se préoccupent. Nous devons en tirer parti pour revaloriser positivement la politique actuelle de l’Occident vis-à-vis de nos voisins et surtout élaborer un «paquet d’ouverture », réaliste et significatif, pour l’équipe réformatrice de Kiev. Tombe le mythe que nos voisins de l’Est ne sont pas en mesure de faire face aux standards occidentaux de la démocratie et des droits de l’homme. Est mise en question la thèse que les nations de cette partie de l’Europe appartiennent à une autre zone de civilisation et de culture, à une autre «zone d’influences ». Enfin ne se confirme pas le mythe suivant lequel les sociétés de cette partie de l’Europe sont plongées dans l’apathie et seules ne sont pas capables de construire une société civile. Les événements antérieurs en Géorgie et la révolution orange en Ukraine obligent les hommes politiques à revaloriser les points de vue et les opinions fondés sur les stéréotypes et les   préjugés.

 

 

 

Haute Chambre,

 

La situation en Biélorussie, avec laquelle nous avons une frontière commune, éveille en Pologne un souci compréhensible. Nous soutenons les aspirations démocratiques et proeuropéennes de la société de ce pays. Avec nos partenaires européens et transatlantiques nous tâchons de former  la politique de l’Occident pour que les tendances démocratiques et libératrices en Biélorussie puissent compter sur notre pleine solidarité. Nous n’oublions pas non plus la Moldavie ni le besoin d’un plus grand engagement de l’Occident dans la solution du conflit  transnistrien.

 

Haute Chambre,

 

         Les relations avec la Fédération de Russie revêtent une importance cruciale pour la politique étrangère polonaise. Disons-le  clairement : notre engagement dans ce qui vient de se passer en Ukraine n’était pas  dirigé contre la Russie. Le motif de cet engagement fut le soutien des valeurs fondamentales, et non pas un jeu d’intérêts. Pour nous, il fut essentiel que la volonté souveraine de la nation se prononce en Ukraine. Il n’y avait aucun complot étranger. En plus, ce qui s’est passé en Ukraine est, nous le croyons profondément,  avantageux aussi pour la Russie. Jamais dans l’histoire, la Russie n’avait à sa frontière occidentale tant d’Etats qui lui sont bienveillants et amis. Nous tenons à ce que la Russie soit le plus près et le plus étroitement liée avec l’Europe, avec l’Alliance atlantique Nord, avec l’Union européenne. Je pense non seulement et  non pas principalement aux réseaux de gazoducs et d’oléoducs – bien que ce soit des liens  très importants. Mais pour la Pologne et pour l’Europe, le facteur majeur de la consolidation et de la sécurité, et en même temps un dénominateur commun, ce sont de telles valeurs comme : les standards communs de la démocratie, la liberté des médias, les droits de l’homme. Une Russie stable, riche et démocratique sera un centre d’influence beaucoup plus important  sur l’ensemble du territoire post-soviétique que si sa politique devait se fonder sur des conceptions anachroniques, sur des soi-disant, «zones d’influence » multipolaires. De même, les relations de la Russie  avec les institutions occidentales démocratiques ne devraient pas être un jeu à somme zéro. La modernisation de l’Europe de l’Est, l’intégration en perspective de l’Ukraine, de la Moldavie, et aussi de la Biélorussie avec les institutions euroatlantiques et européennes demeure dans l’intérêt commun de la Russie démocratique et de l’Occident.

 

Pour la Pologne, son adhésion à l’Union européenne est aussi la possibilité de construire une nouvelle plate-forme de relations bilatérales avec la Russie.  A cet  égard, nous ne cesserons  de déployer nos efforts pour accélérer la solution de nombreux problèmes arriérés. Un homme politique finlandais expérimenté recommandait de chercher loin ses ennemis et près ses amis. Il serait souhaitable que nos deux pays suivent cette devise dans leurs rapports réciproques.

 

Haute Chambre,

 

         Le nouveau défi pour la Pologne est la participation au débat commun sur la vision des rapports dans notre région la plus proche après l’élargissement de l’Union européenne. Dans notre débat interne, il importe donc aussi de réfléchir sur la place et sur le rôle de la politique régionale dans l’ensemble des objectifs de la politique étrangère.

 

La coopération dans le cadre du Groupe de Visegrad, de l’Initiative centre européenne ou du Conseil des Etats de la mer Baltique  contribuait à consolider l’identité de l’Europe centrale et assurait la stabilité dans l’ensemble de la région. Après notre entrée à l’Union européenne, et même 2-3 ans avant l’élargissement de l’Union, chez certains de nos partenaires, apparurent des doutes  du sens de maintenir des structures subrégionales. Notre opinion à ce sujet est différente. Plus encore – par des initiatives concrètes, y compris dans le rôle de l’actuel président du Groupe de Visegrad, nous avons réussi à définir le sens de l’évolution que devrait subir la coopération dans cette région pour que son opportunité et son utilité se manifestent de façon convainquante. Cela concerne aussi le Partenariat régional, entamé en 2001, qui embrasse – à côté des Etats du Groupe de Visegrad, aussi l’Autriche et la Slovénie. Nos partenaires pouvaient se rendre compte que la Pologne ne perçoit pas la région comme les arrières de ses ambitions politiques sur le forum communautaire. Nous ne prétendons pas non plus au rôle de leader régional. Nous nous posons d’autres buts : nous voulons nous servir du prestige et de la position au sein de la famille européenne et transatlantique pour veiller aux intérêts de la région.

 

L’élargissement de l’Union européenne et de l’Otan, le changement complet de l’image géopolitique de l’Europe ainsi que l’apparition de nouveaux défis changea le contexte d’action de l’ensemble de la construction institutionnelle en Europe – non seulement des liens subrégionaux. Ces institutions doivent retrouver le nouveau sens d’existence. C’est aussi un objectif pour notre politique.

 

 

 

Haute Chambre,

 

Nous voulons que la rencontre  au Sommet des Etats du Conseil de l’Europe qui se tiendra en mai à Varsovie apporte une vision concrète de l’avenir et définisse la place de cette organisation dans le contexte des autres structures européennes. Il faudrait que les visions sur lesquelles travaillent des institutions respectives telles que le Conseil de l’Europe ou l’OSCE soient des visions cohérentes. Car il faut transformer ces institutions  en tant qu’entité. Il est surtout important d’éliminer le phénomène de doubles objectifs et de la répétition des actions, de même que la rivalité institutionnelle. Il faut réagir contre de telles tendances où les organisations respectives ne s’occupent principalement que de leurs propres problèmes internes. N’ayons pas  non plus d’illusions que sont possibles des solutions uniques ou bien des remèdes miraculeux.

 

Au tournant de janvier et de février 2005, la deuxième réunion du Groupe de réflexion de Varsovie qui rassemble d’éminents analystes et chercheurs de l’Europe et de l’Amérique du Nord se tiendra à Varsovie. L’objectif de ce groupe sera d’élaborer un rapport sur la complémentarité des structures européennes. Le plus important est de ne pas gaspiller l’acquis normatif, politique et opérationnel des institutions qui fonctionnent en Europe. L’affaire est urgente. Le dernier Conseil ministériel de l’OSCE à Sophia a démontré comment une crise naturelle de l’identité de cette organisation peut être utilisée pour la réalisation des objectifs politiques particuliers. Telle est notre réception de la tentative de limiter les travaux de cette instance dans le domaine de la dimension humaine. C’est une approche à court terme qui peut mener aux effets inverses qu’escomptés. De notre côté, nous envisageons une recherche constructive commune de nouvelles solutions. L’apparition de nouveaux défis et de menaces asymétriques telles que le terrorisme international, la prolifération des armes de destruction massive et les nouveaux phénomènes tels que les Etats  en faillite  place à l’ordre du jour le besoin de redéfinir l’ordre international global. En formant la politique étrangère polonaise, nous partons du principe qu’un multilatéralisme efficace est la clé pour assurer la paix mondiale et la stabilité. Nous ferons de notre mieux pour maintenir et renforcer les institutions multilatérales de gestion globale, et en particulier l’Organisation des Nations Unies.

 

Dans ce contexte, la réforme de l’Onu est la plus urgente. Le ministre polonais des Affaires étrangères, Wlodzimierz Cimoszewicz, en automne 2002, attira l’attention sur la nécessité de procéder à la restructuration de l'Onu.  Il présenta  alors l’initiative de concerter un Nouvel Acte Politique pour les Nations Unies pour le XXIe siècle. La nécessité des changements fut dictée par le fait que le système de sécurité mondiale est dynamique et les structures ont un caractère statique. En résultat, primo nous avons affaire à une inadéquation conceptuelle de l’organisation. L’Onu n’est souvent pas capable de réagir aux menaces ni de résoudre les problèmes de type nouveau.  Le problème est que depuis de nombreuses années les principaux conflits ne naissent pas dans les relations entre les Etats, mais à l’intérieur des Etats. D’une part, la société internationale attend d’habitude que l’Onu intervienne rapidement et efficacement, et de l’autre – cette Organisation n’a dans ce domaine ni de normes, ni de procédures, ni  d’instruments appropriés. 

 

Secundo, c’est l’inadéquation politique qui fait que le rapport des forces au sein de l’Organisation ne reflète pas le rapport réel des forces dans le monde. Tertio, c’est une inadéquation institutionnelle qui fait que les organes des Nations Unies et ses fonctionnaires travaillent de façon inefficace, périmée.

 

L’initiative polonaise fut donc une vision complexe de la réforme des Nations Unies. Nous avons proposé que le projet des changements soit préparé par un Groupe de Personnalités Indépendantes. Comme nous le savons, le Secrétaire général convoqua,  il y a un an, un tel Groupe, qui en décembre 2004  présenta un Rapport approprié. L’année 2005 sera pour les Nations Unies, et surtout pour les Etats membres de l’Onu, un test de capacités pour procéder aux actions réformatrices. La rencontre planifiée à un niveau élevé le jour de l’anniversaire de la Déclaration du Millénaire devrait apporter un consensus politique au sujet du paquet de changements. Question : l’apportera-t-elle ? La question reste ouverte. Il n’y a pas de réponse simple.

 

Dans son engagement en faveur du changement de l’Onu, la Pologne n’a pas de buts cachés. Nous ne demandons pas d’être membre permanent du Conseil de Sécurité, nous ne postulons pas de changements institutionnels. Nous partons du principe qu’il faut d’abord connaître et analyser les problèmes, définir le nouveau mandat de l’Organisation – et seulement ensuite penser aux changements institutionnels. Dans notre approche, nous suivons l’intérêt de la communauté internationale et nous sortons en dehors des frontières régionales. Nos initiatives, c’est avant tout un apport intellectuel, c’est une tentative de penser avec créativité, avec la volonté du nouveau.

 

Haute Chambre,

 

La question qui mérite un débat plus sérieux dans notre pays est celle  sur le profil politique, militaire et économique de la Pologne dans le rapport global des relations. Je pense à la Pologne comme à un Etat qui, par son adhésion à l’Union européenne, est entré dans un nouveau système de liens internationaux dont l’Union est le sujet collectif. Stanislaw Wyspianski écrivait dans «la Noce » avec ironie : « Que la guerre règne dans le monde, pourvu que la campagne polonaise tranquille, pourvu que la campagne polonaise garde sa paix profonde ».  Ce n’est pas et cela ne peut pas être la devise de la politique polonaise pour les temps actuels. La sécurité est devenue vraiment indivisible, et les menaces pour notre sécurité nationale peuvent émaner des régions exotiques, très éloignées de la Pologne. L’impératif de la politique étrangère polonaise est la recherche de la sécurité nationale dans le cadre de la sécurité internationale, en coopération avec les autres Etats. De cette perspective, il faut regarder notre rôle en Irak. Le problème consiste en ce que la demande pour de si difficiles, pleins de sacrifices rôles des Etats de l’Otan et de l’Union européenne ne diminuera probablement pas. L’Otan est engagée militairement en Afghanistan et escompte que la Pologne y apportera aussi sa part active. L’Union européenne complète ses groupes de combat. La catastrophe humanitaire en Asie du Sud-Est exige de changer la conception de ces groupes de sorte à ce qu’ils puissent porter une aide internationale efficace dans ce genre de situation de crise. La situation au Soudan témoigne aussi de la nécessité de telles actions.  Nous avons donc le devoir d’élaborer une sage doctrine d’engagement international de nos forces militaires dans des opérations similaires. Il s’agit principalement des interventions humanitaires. Pour ce genre d’engagement polonais, nous avons besoin d’une vaste compréhension auprès de la société.

 

Jusqu’à présent le postulat évident, bien que relativement nouveau, que de l’Etat qui bénéficiait de l’aide, nous devenions celui qui porte cette aide aux plus nécessiteux dans le monde, pouvait sonner comme une déclaration vide, abstraite. La tragédie en Asie a démontré combien importante est la participation de la Pologne aux actions d’aide et aux manifestations de solidarité. L’aide portée aux autres : aux plus faibles, plus pauvres, touchés par les maladies, la famine et les fléaux – devrait, dès lors, changer aussi bien notre sensibilité et conscience qu’avoir sa dimension organisationnelle et budgétaire.

 

 

Monsieur le Président de la Diète,

Haute Chambre,

 

L’entrée de la Pologne dans les structures et politiques communautaires rend nécessaire de revaloriser nos rapports et nos relations avec les Etats non européens et de redéfinir notre place dans le système global. L’Europe est perçue de plus en plus comme une entité. Nous devrions influer sur la forme de la politique communautaire envers les zones non européennes. Nous avons des atouts – nous n’étions pas un Etat colonial, notre réseau de missions est développé, la dispora polonaise est importante, nos experts et nos chercheurs sont nombreux. Notre plus grande faiblesse et ce qui nous limite le plus, ce sont de modestes moyens que nous avons à notre disposition. Sans moyens, il n’est pas possible de mener une politique active.

 

La stratégie adoptée récemment par le gouvernement envers les Etats non européens en développement constitue un signe de volonté politique et de besoin d’agir. C’est un signe important, car il a un caractère concret et systématisé. Cette stratégie va au-delà des déclarations générales. C’est une tâche pour des années. Le rang, l’importance et l’attrait de tels partenaires comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie, certains Etats arabes, la RPA, le Nigeria, l’Angola, le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Mexique et beaucoup d’autres  ne feront que croître. Pour profiter des chances de la participation de la Pologne aux processus globaux – nous devons moderniser avec esprit de conséquence notre propre système de gestion des instruments de la politique étrangère.

 

Haute Chambre,

 

Le fait qu’une part considérable de Polonais, de personnes aux origines polonaises, reste en dehors des frontières du pays est important pour notre identité nationale.  Au cours des années précédentes nous avons construit une stratégie gouvernementale complexe de coopération avec les milieux de la «Polonia ». Il existe un mécanisme confirmé de  réalisation de cette politique. Il y a aussi des affaires qui méritent une attention particulière, telles que :  porter assistance aux Polonais à l’Est qui se trouvent souvent dans des situations matérielles difficiles, réaliser les postulats de la minorité polonaise en Lituanie ainsi  que faciliter aux Polonais vivant en Allemagne la réalisation de leur identité culturelle. De cette tribune, je désire exprimer la reconnaissance et les remerciements  à l’adresse des deux chambres du parlement pour l'aide, pour le soutien et pour le travail actif avec les milieux de la «Polonia ».

 

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Monsieur le Président de la Diète,

Haute Chambre,

 

Le bilan de la politique étrangère polonaise des dernières années est considérable. L’entrée au sein de l’Union européenne est le couronnement des années d’efforts qui a ouvert un nouveau chapitre de l’histoire de notre Etat. Nous avons acquis une forte position dans le système transatlantique et un haut prestige  en Europe. Les changements en Ukraine ouvrent de nouvelles possibilités pour notre politique orientale. Nous avons commencé à nous orienter activement vers les territoires non européens.

 

Le milieu international dans lequel nous œuvrons est exceptionnellement vacillant et instable. La situation change de façon dynamique. Cela aiguise les dilemmes que nous devons affronter, cela complique la recherche de justes réponses.

 

Aujourd’hui, j’ai essayé de centrer l’attention de la Haute Chambre sur ces dilemmes, tâches et priorités fondamentaux. Beaucoup d’Etats ont affaire à des défis semblables. Dans le monde actuel, la  réponse à la majorité des problèmes internationaux ne peut être efficace que si c’est une réponse collective.

 

Permettez-moi, à la fin de mon intervention, d’exprimer une fois de plus ma conviction que de l’efficacité de notre politique étrangère décident et décideront en grande mesure deux éléments : la continuité et l’esprit de conséquence ainsi que l’intérêt national, au-delà des partis, qu’exprime la position commune ou convergente des principales forces politiques sur les fondamentaux objectifs et tâches de  la politique étrangère, fondamentaux pour l’Etat et la nation.

 

Merci de votre attention.

 





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